Un bien étrange quart de siècle
Vingt-cinq années de la Revue de l’Histoire pour raconter 25 siècles de civilisation. Que reste-t-il des souvenirs ? Sans récit, les choses n’existent plus : les empires sont oubliés, les dieux sont morts… En histoire, on lutte contre le néant des choses. Une civilisation ne doit pas être un bibelot que l’on jette après usage. Sous la terre, dans nos livres, à l’intérieur de nos grottes, réside le passé immémorial de nos consciences.
Nous avons cherché les liaisons, analysé les arts, raconté les systèmes vivants ou morts. Les langages des choses mènent au secret du monde.
Que retiendra-t-on de l’actualité déjà passée de ce premier quart de notre siècle ? « Toutes les familles heureuses se ressemblent. Chaque famille malheureuse l’est à sa manière », écrivait Tolstoï dans Anna Karénine. On peut remarquer, sur cette période, une inversion par rapport aux précédentes. Toutes nos guerres de ces vingt-cinq années trouvent leur source dans le siècle passé. Mais aucune nouvelle idéologie ne s’est exprimée. Tout repose sur des raisonnements parfois vieux de dizaines de siècles. Le logos semble s’être tu.
En revanche, le technos a connu des révolutions coperniciennes incroyables, qui transforment nos sociétés dans tous les domaines, mais aussi nos civilisations, et même nos espèces vivantes, humaines ou non.
Arbre de Vie, arbre de Connaissance : le décor d’une nouvelle pièce de théâtre s’est installé sans discours. Le logos est désormais subordonné au technos. Ce n’était pas arrivé depuis des millénaires. La tragédie permanente des siècles peut commencer à se jouer.
Matthieu Delaygue
Photo de couverture : Sybille Brou © CMN, Franck Paubel (à retrouver page 11 de la revue)


















