JEUX DE PROBABILITÉS

Quelles sont les vérités sur ce que l’on définit comme les crises de notre monde ? En Histoire, les différents cycles du temps se superposent pour former une continuité trouble où les secrets semblent dominer les analyses objectives. De grands mystiques comme René Guénon, qu’ils soient prêtres, philosophes, scientifiques, croyants ou athées, en arrivent à être persuadés que des intelligences supérieures sont
aptes à organiser le cours des fleuves et les hauteurs des montagnes. D’autres trouvent dans toutes ces choses qui nous semblent cachées un seul prince, le hasard, seul maître des lieux et des destinées, inscrit scientifiquement comme tel parmi le nombre infini d’étoiles et de mondes qui nous entourent.

Mais quelles que soient nos opinions à ce sujet, nous devons remarquer une chose : depuis le début de l’humanité, nos sociétés ont élevé des tours et des châteaux, des temples et des palais, elles ont décoré de peinture les grottes de Lascaux et les murs du château de Chenonceau. C’est le désir de créer, de raconter, de laisser des traces qui compte peut-être le plus. Notre inconscient collectif, nos consciences, ont besoin de construire des signes terrestres de leur passage sur terre. C’est le principe de base de la tragédie grecque commentée par le chœur antique : la structuration de son espace est nécessaire à l’être humain, et il ne s’agit pas que d’une simple question de confort ou de nécessité de survie. Sinon, les individus ne partiraient jamais en guerre, ne prendraient jamais de risque physique, financier ou amoureux.

Un tableau de Dominikos Theotokopoulos, appelé El Greco, nous mène dans cet entendement du monde dont on sait peu de choses. ‘Enterrement du comte d’Orgaz se situe entre ciel et terre, avec un mort entouré de vivants, de saints abstraits et de figures concrètes. Le personnage central est bien sûr ce seigneur défunt. Mais le principe essentiel n’est-il pas cette église où se déroule l’enterrement ? On en devine l’architecture plus qu’on ne la voit. Elle garde le mystère de l’inconnu.
C’est en pensant à ce tableau que nous avons composé ce nouveau numéro de La Revue de l’Histoire. Il a été comme un mantra pour nos recherches sur le patrimoine religieux et seigneurial, sur cette histoire humaine faite de guerres, de commerces, de signes et d’échanges, avec ses routes et ses voies de toutes sortes : cheminements matériels ou spirituels, de pensées à la recherche l’âme, de l’art et de leurs perfections.
Notre monde réel est bien là, il nous entoure avec son Histoire, celle du monde qui ne s’arrête pas. Avec ses formes et ses projections de toutes formes, en direction d’une éternité temporelle ou peut-être intemporelle. Qui le sait ?

Matthieu Delaygue
Photo de couverture : Philippe de Champaigne (1631-1681), Ecce homo / Le Christ aux outrages, c. 1650, huile sur toile, Inv. 1962.1.001
© Musée national de Port-Royal-des-Champs