Cette année, Mulhouse célèbre son histoire. A l’occasion des festivités de « Mulhouse, 800 ans d’histoires », qui se déroulent de septembre 2024 à septembre 2025, plusieurs institutions culturelles ont exhumé des trésors de leurs collections, jusqu’ici méconnus du public. De cette exposition surgissent des dessins et estampes de grands maîtres anciens, des objets insolites liés à de grandes figures de l’histoire de France, ou encore des inventions qui ont marqué le quotidien des Français.

Un spectacle immersif donne un second souffle aux bains municipaux
En 2025, les Bains municipaux de Mulhouse fêtent leurs 100 ans ! Lors de sa construction, le bâtiment répond à un double impératif : l’hygiène publique et le développement de la natation. Jusque-là, les Mulhousiens s’adonnent à ce sport dans des bains de plein air comme ceux ménagés le long de l’Ill. Il répond également à la vogue du thermalisme qui, à partir de la fin du XIXe siècle, s’est emparé de l’empire allemand dont fait partie Mulhouse quand le projet est
adopté par la municipalité en 1911.Si les travaux débutent avant la Première Guerre mondiale,
celle-ci les ralentit considérablement. Ils ne reprendront réellement qu’en 1922. Cet imposant bâtiment à la façade de style néo-classique au décor élégant (colonne à chapiteau ionique, putti sur des animaux aquatiques…) est inauguré par le maire Auguste Wicky le 1er septembre 1925.
A l’époque, l’établissement est considéré comme l’un des plus modernes de France, proposant une gamme de prestations très étendue : bains romains, bains médicinaux, deux bassins de natation (un pour les hommes, l’autre pour les femmes) et même des bains pour les chiens ! Cent ans plus tard, l’édifice a conservé tout son lustre d’origine. En 2008, les Bains municipaux ont été inscrits au titre des monuments historiques. Inactif depuis 2023, le bâtiment connaît une renaissance depuis début juin grâce au spectacle immersif temporaire « Le Souffle de l’Ill ». Cette création inédite en Europe mêlant danse, acrobaties aériennes, musique live, show aquatique et projections, s’appuie sur le moulin de la légende de Mulhouse et met en scène deux protagonistes : la fille du meunier et un guerrier. Grâce à ce spectacle, porté par l’entreprise TSE et le metteur en scène Damien Fontaine, la Ville de Mulhouse et l’agglomération,
partenaires, espèrent donner un second souffle à ce lieu emblématique et rempli d’histoire. Informations et réservations sur lesouffledelill.fr.

Une multitude de pépites. C’est ce que renferment les collections des institutions culturelles mulhousiennes. En constatant cette richesse encoretrop méconnue, douze d’entre elles ont décidé de faire dialoguer leurs plus belles pièces dans une exposition bien nommée : « Pépites ! Lumière sur les collections mulhousiennes ». Deux cents cinquante objets rares ou inédits ont ainsi été mis au jour et regroupés au sein du Musée des Beaux-Arts. Ensemble, ils mettent en scène des moments phares de l’histoire de l’art et des talents d’exception, du Moyen Âge aux années 1980. Des figures de l’histoire de France (Henri IV, Louis XVII, Napoléon Bonaparte), des inventeurs de génie (Lambert, Engelmann, Braun), ou encore de grands noms de l’art européen (Dürer, Boucher, Goya, Pissarro, Soulages…) sont mis en lumière au travers d’œuvres singulières ou rares. L’exposition réunit également de nombreux témoignages de la vie sociale, religieuse, artisanale et commerciale et retrace des étapes importantesdu décor intérieur et de la mode. Elle rappelle aussi l’importance de la révolution industrielle permise par des entrepreneurs précurseurs (Dollfus, Koechlin, Bugatti), actifs sur le territoire et qui commercent avec le monde entier. Des inventions majeures, qui ont révolutionné notre existence depuis 200 ans, sont abordées à travers des instruments scientifiques et des objets du quotidien.
Un voyage au fil des siècles
Dévoilés à travers un parcours chronologique en sept étapes, ces œuvres et objets plantent ainsi quelques jalons de l’histoire de la cité singulière qu’est Mulhouse. Mais l’ambition est avant tout de révéler l’extraordinaire profusion des collections du territoire, constituées à l’origine par les entrepreneurs rassemblés à partir de 1826 au sein de la Société industrielle de Mulhouse. L’exposition débute ainsi par la période médiévale et le XIVe siècle, avec une présentation d’armes, de manuscrits enluminés, de vitraux ou encore de documents d’archives, dont une lettre d’indulgence de 1335. L’exploration se poursuit par la Renaissance, en évoquant une particularité historique de Mulhouse : la
ville ne deviendra française qu’en 1798 ! Auparavant, elle est une république autonome qui, pour assurer sa défense, choisit de s’allier à la Ville de Bâle en 1506 et à l’ensemble de la Confédération suisse en 1515. Le traité signant cette alliance, qui a conservé ses 14 sceaux en cire, est notamment visible, ainsi qu’une bannière de fils d’or donnée par le pape Jules II aux mercenaires mulhousiens, en remerciement de leur appui lors de la prise de Pavie en 1512. Les débuts de l’imprimerie sont également symbolisés par de superbes éditions incunables de Bâle et de
Strasbourg.

Des objets personnalités phares
La visite se prolonge aux XVIIe et XVIIIe siècles, quandla production d’orfèvrerie à Mulhouse est soutenue par des commandes importantes de la cité et des corporations. De superbes coupes, hanaps et timbales mêlant diverses techniques illustrent cette période. Un ensemble de gravures de grands artistes du XVIIe siècle (Rubens, Rembrandt, Callot), un tableau de Boucher (La Bascule) ou encore un spectaculaire traîneau d’apparat, complètent cette section. L’époque des Lumières, quant à elle, correspond à l’essor de Mulhouse. La première manufacture d’impression sur étoffes est créée en 1746. Dans l’exposition, des vêtements et des tissusd’ameublement évoquent cette industrie en Haute-
Alsace.
La première moitié du XIXe siècle est représentée par trois objets phares de cette exposition : une tabatière qui contient des poils de la barbe d’Henri IV ; un jeu deloto qui aurait appartenu au Dauphin Louis XVII et une boîte de pistolets que la Convention (1792-1795) aurait offert à Bonaparte. Trois personnages laissent également une trace dans l’histoire : Henri Benner, devenu peintre à la cour du tsar Alexandre Ier ; Godefroy Engelmann, fondateur du premier établissement lithographique de France en 1815 et Adolphe Braun, photographe adepte des dernières technologies.


Révolutions et innovations
Le Second Empire, puis la Troisième République, sont des périodes fastes, soutenues par l’essor de l’industrie et la multiplication des opérations d’urbanisme. Les inventions scientifiques (machine de Clarke, boussole des sinus…) modifient en profondeur l’industrie, le commerce et la vie
quotidienne. Les collections du cabinet d’arts graphiques sont particulièrement riches avec de superbes dessins de Rosa Bonheur, Henner et Schüler et des gravures de Bonnard, Manet, Pissarro ou encore Doré. Enfin, le XXe siècle est une période de tensions autant que d’effervescences et d’innovations. Dans l’exposition, on retrouve notamment une vitrine dédiée à Ettore Bugatti, fondateur de l’entreprise éponyme en 1909. Le besoin d’insouciance durant l’Entre-deux-guerres se fait ressentir dans la section consacrée à l’enfance, qui présente différents jouets, textiles et papiers peints. Par ailleurs, les femmes acquièrent progressivement leur autonomie : l’important fonds de Tissus simultanés de Sonia Delaunay est un trésor de motifs géométriques, tandis que Paule Marrot collabore avec une manufacture de Ribeauvillé pour créer des tissus fleuris aux couleurs vives. De leur côté, les couturiers du théâtre de Mulhouse confectionnent de somptueux costumes pour les productions nationales et internationales accueillies à partir des années 1950.Enfin, la partie contemporaine du cabinet des estampes
reflète les avant-gardes comme le surréalisme (Man Ray, Dali, Max Ernst) et l’abstraction géométrique (Vasarely, Nemours). L’artothèque de Mulhouse, l’une des premières en France, acquiert dans les années 1980-1990 des estampes d’artistes majeurs : Niki de Saint-Phalle, Olivier Debré, Fernand Léger, Pierre Soulages…


un été aux couleurs des 800 ans
Poursuivant la thématique des trésors, la Maison du Patrimoine propose une exposition tournée vers ceux de l’industrie. Grâce à des objets et œuvres issus de diverses collections, « Trésors d’industries » permet d’approcher l’univers de l’impression sur étoffes, à l’origine de la fortune de la ville et celui du fil, dont la production se poursuit de nos jours. Mais également celui de la chimie, qui a garanti l’amélioration constante de la qualité des produits textiles. Un petit détour est effectué par le secteur de la construction mécanique qui fournit aux usines les machines textiles qu’elles n’auront ainsi plus besoin d’acheter à l’étranger. La bibliothèque et les archives municipales, quant à elles, prennent de la hauteur avec l’exposition « Mulhouse vue d’en haut. Cinq siècles de représentations iconographiques ». Elle rassemble les principales vues cavalières et panoramiques consacrées à la ville, du XVIe siècle à la période contemporaine. Ces gravures, lithographies, photographies, affiches, etc. mettent en évidence les permanences et les transformations urbaines qui font sortir la petite cité médiévale de ses remparts. Elles véhiculent également les enjeux de représentation, ces « vues de Mulhouse » ayant contribué à construire et diffuser une certaine image de la ville.
Ces expositions permettront aux visiteurs de se plonger au cœur de « Mulhouse, 800 ans d’histoires » tout au long de l’été. D’autres événements rythmeront la période estivale comme le spectacle « Le Souffle de l’Ill », aux Bains municipaux (lire en page 86), les expositions dédiées au prix Nobel de la paix Albert Schweitzer, ou encore l’exposition « L’Ill, déborder la rivière », à voir à la Kunsthalle, centre d’art contemporain de Mulhouse.
REPÈRES
« Pépites ! Lumière sur les collections mulhousiennes », jusqu’au 12 octobre, au Musée des Beaux-Arts « Trésors d’industries », jusqu’au 15 novembre, à la Maison du Patrimoine.
« Mulhouse vue d’en haut. Cinq siècles de représentations iconographiques », jusqu’au 11 octobre, à la bibliothèque Grand’rue
« Albert et Hélène Schweitzer et le Rhin », jusqu’au 19 juillet, à la bibliothèque Grand’rue
« Albert Schweitzer », jusqu’au 19 juillet, au Temple Saint-Etienne L’Ill, «déborder la rivière », jusqu’au 26 octobre, à LaKunsthalle.
Informations sur mulhouse800ans.fr















