MENSONGES ET VÉRITÉ
Que savons-nous de Staline ? De Gaulle ne voyait pas en lui un fils du peuple, élevé dans la pauvreté d’un prolétariat rural. Mais un fils de famille ayant cette élégance naturelle des privilégiés de l’ancien régime tsariste. C’est le seul que j’ai vu à Moscou qui savait tenir une tasse à thé avec classe, remarquait le général. Staline parlait couramment grec ancien. Il avait durant sa jeunesse parcouru l’Europe et les États-Unis pour un voyage d’études, comme seul pouvait le faire un jeune Russe fortuné. Toujours durant la Seconde Guerre mondiale, lors d’une réception en son honneur, de Gaulle reconnut un haut dignitaire des services secrets soviétiques qui ne lui fut pas présenté : c’était le comte Ignatief qui avait dirigé les services secrets du Tsar en France lors de la Première Guerre mondiale. Mystère de la vraie histoire du monde, pensa le général.
Que savons-nous aujourd’hui de la réalité russe ? De sa puissance secrète, économique ou militaire ?
Au printemps 1992, sur la Place Rouge, juste en face du Kremlin, on pouvait voir des sous-officiers en uniforme proposer en fraude des boites de caviar, comme si cela était tout naturel. Un peu plus loin, des personnes âgées, qui ne touchaient presque plus de retraite, vendaient leurs effets personnels, leurs petits souvenirs familiaux, à même le trottoir. C’était bouleversant. Mais dans un autre vaste quartier moins connu de la capitale, une autre Russie pouvait être découverte. On se serait cru à Neuilly. De belles voitures modernes, des Russes en tenue élégante et décontractée qui ne semblaient pas avoir de problèmes financiers. Les journalistes occidentaux parlaient des animaux du Zoo de Moscou que l’on n’arrivait plus à nourrir. Mais jamais ils ne semblaient avoir vu cette autre Russie. Elle n’était pourtant pas cachée. N’importe qui pouvait la voir. Mais personne ne voulait la voir.
Alors, comment décrire la vérité de notre monde ? Où se trouve la bonne analyse ? À la recherche de vérités tangibles sur l’histoire de notre pays, ce numéro vous mène dans un long voyage. Au cœur du monde gallo-romain encore visible de nos jours, le long d’un ancien pèlerinage à destination de Rome, auprès d’artistes qui ont cherché la perfection, auprès d’un jeune prince qui ne voulut pas continuer de mener sa vie de privilégié sans avoir risqué sa vie, comme tant d’autres jeunes gens le font lors de toutes les guerres….
Tout cela, c’est notre patrimoine matériel, immatériel, moral… religieux. Il s’est constitué sur les chemins de l’absolu, grâce à des gens exceptionnels qui ont toujours voulu donner le meilleur d’eux-mêmes pour bâtir la civilisation qui est la nôtre.
Matthieu Delaygue
Photo de couverture : Femme dormant, André LHOTE (1885-1962), Musée de la Faïence des Beaux-Arts © Ville de Nevers














