Le Grand Jeu

Le grand jeu

Un plan bien préparé mène souvent à de grandes catastrophes parce qu’il est obligé d’obéir à sa logique et il ne peut pas prendre en compte les aléas de l’Histoire. Napoléon a échoué en Égypte, en Espagne, en Russie puis en Allemagne et enfin à Waterloo parce qu’il n’a pas tenu compte de la météo imprévisible ni de la préférence des soldats ennemis à leur foi plutôt qu’aux idées de liberté qu’il proclamait être les siennes. Les excellents généraux allemands des deux guerres mondiales du 20 e siècle ont conçu des plans parfaits pour envahir leurs voisins. Ils avaient simplement oublié qu’ils pouvaient ne pas avoir la suprématie maritime, malgré leurs sous-marins.

Aucune guerre, aucune bataille ou lutte existentielle d’un groupe ne peuvent être gagnées d’avance. Le risque est donc le seul arbitre du monde.
Les grottes préhistoriques aux dessins superbes, les déesses antiques ravissantes, les cathédrales mystérieuses, les puissances et gloires des comtes de Champagne descendants des Mérovingiens, les chefs-d’œuvre de nos artistes, ont certes été créés selon des méthodes généralement apprises. Mais si leurs auteurs ont réussi à imposer leur marque, c’est par l’intuition et le courage qu’ils ont montré aux moments cruciaux de leur existence. La plupart de leurs choix stratégiques ont reposé sur des prises de risque, sinon ils auraient joué leur destinée en mode mineur.
Sur cet ordre du monde fondé sur l’improbable et l’incertain, c’est-à-dire sur le pari et la révolte contre les situations préétablies, il en est sorti des chefs-d’œuvre de toute sorte, des coups de génie tourmentés, des sauvegardes incroyables d’un groupe d’humains ou la constitution d’un idéal.
Pourquoi des humains dessinèrent-ils des mammouths et des caricatures dans des grottes obscures ? Pour quelles raisons mystiques les cathédrales furent-elles construites selon cette géométrie particulière et cet ordonnancement ?
C’est le mystère du monde raconté comme un roman d’aventures. En particulier l’Histoire de France. Car nous avons toujours été un peuple de créatifs, de notables indépendants capables d’agir d’un seul coup en dehors de tout conformisme. Du Guesclin, Jeanne d’Arc, de Gaulle furent des électrons libres. Tout comme Molière, Voltaire ou Alexandre Dumas, Proust et tant d’autres. Ils ont créé ce fameux esprit français caractéristique de notre histoire de France.

Matthieu Delaygue

Photo de couverture : Léon Jules LEMAITRE (Longueville-sur-Scie, 1850– Rouen,1905), Le Pont Corneille à Rouen, temps de pluie, 1891, Huile sur toile, Rouen, Musée des Beaux-Arts, Inv. 1958.10