Le roman infini

Lorsque Romulus décida de créer Rome, il traça lui-même un sillon pour délimiter sa nouvelle ville. Le voyant faire, son frère Remus se moqua de lui. Aussitôt Romulus le tua. Rome venait de naître, sur un terrain insalubre, peuplé de marais et de voyous. Combien d’habitants du Latium pensaient alors que cette ville dominerait un jour l’Occident et la Méditerranée jusqu’à Jérusalem ?
L’Histoire est constituée de futures légendes imprévisibles : les crimes, les jalousies, les fantasmes, les colères, les évènements improbables sont bien plus forts que les raisonnements logiques.
En ce début de 21 e siècle, les progrès extraordinaires des sciences continuent de bouleverser nos savoirs, nos moyens de fouiller la terre, les océans et le cosmos. Nos habitudes intellectuelles vont connaître une suite de tsunamis. Cela va nous mener à modifier nos philosophies et nos morales, sans que l’on puisse pour l’instant deviner ce qui en résultera. Mais cela risque d’être très positif pour nos musées et nos livres. Ils resteront le repère fondamental pour améliorer notre sens de la créativité et notre esprit de décision. Une prise de conscience s’est développée à ce sujet. Le nombre de musées dans le monde a pu être ainsi multiplié par 10 en un demi-siècle.
Actuellement, il a été constaté qu’un certain nombre d’Américains ne sont plus capables d’établir une distinction entre l’histoire du film qu’ils regardent et la story de la publicité intercalée… Tandis que les privilégiés bénéficiant d’une éducation culturelle et artistique restent les plus aptes à vivre en intelligence avec les changements de notre civilisation, ils bénéficient toujours d’une meilleure capacité d’appréhension
et de jugement. Le contact direct avec l’œuvre d’un artiste, la lecture d’un livre intelligent sont une source vivifiante du mental que la multitude de films ne procure pas au même niveau car nous la recevons de façon plus passive, ce qui mène notre cerveau à travailler moins.
Les voyageurs Marco Polo et Odoric de Pordenone, les peintres tels Henri Matisse et Auguste Herbin, les musées de toute la France et de l’Europe, avec leurs artistes et leurs collectionneurs, procèdent bel et bien de ce monde où l’esprit s’épanouit et l’intelligence du futur se forge. Et c’est un plaisir pour La Revue de l’Histoire de vous les raconter car ils sont comme une suite de romans au charme éternel.

Matthieu Delaygue
Photo de couverture : David insultant Goliath après l’avoir vaincu par Jean Jacques Lagrenée, huile sur toile, Caen, musée des Beaux-Arts, inv.37 . © Musée des Beaux-Arts de Caen – Cécile Schumann