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Les rites funéraires de l’Antiquité gauloise à l’époque médiévale

Numéro 90 – automne 2109

LES TOMBES ANCIENNES

Avec le résultat des fouilles réalisées dans le département, le Musée archéologique de l’Oise a organisé une exposition sur les rites funéraires de l’Antiquité gauloise à l’époque médiévale. C’est toute une émotion qui apparaît à la beauté certaine. Car tous ces objets, même les plus communs, portent en eux une part de l’éternité.

PHILOSOPHIE DE LA MORT

Corne verre. Nécropole du Clos-Vendeuil IXe siècle après J.-C. © Musée archéologique de l’Oise

Qu’est-ce qu’un rituel d’enterrement, si ce n’est un rituel de vie et de chagrin ? Il est une définition des choses de l’au-delà vues par le prisme du vivant. Il est conçu par les proches du défunt et permet ainsi de situer la vie du mort dans son contexte social et mystique. Tout semble codifié. Même si l’on sent l’amour et le respect dû au mort. Il s’agit d’un dialogue que l’on accepte et que l’on redoute. Au fur et à mesure que l’on avance dans le parcours de l’exposition, on se sent imprégné de cette grandeur inexpliquée de la vie et de la mort qui lui est conjointe, et dont nous avons peut-être un peu perdu le sens profond, à la fois naturel et occulte. Cette exposition nous permet ainsi de faire un retour sur ce que nous percevons nous-mêmes de la mort, au 21e siècle. Même s’il s’agit de partir à la rencontre de l’autre monde, des dieux anciens et des traditions tels que les percevaient nos ancêtres au fil de ces époques.

LE TEMPS DES GAULOIS

Les funérailles des Gaulois restent empreintes de mystère. On ne sait rien des rites ni des cérémonies. Pas plus que des parures et décors que portaient les familles en deuil. Les sites d’Oroër et de Villers-Vicomte ont été fouillés à l’occasion de l’aménagement de l’autoroute A16. Ils révèlent des vestiges correspondant à deux nécropoles gauloises à incinération. Elles étaient situées près de fermes et pourvues d’enceintes circulaires dont on devine encore aujourd’hui le tracé. Sur les 35 tombes gauloises des 5e et 4e siècles avant notre ère trouvées sur le site de Bucy-le-Long, seules deux d’entre elles sont à incinération. Certaines ont visiblement servi à enterrer des membres de la classe dirigeante gauloise. On a ainsi trouvé quatre tombes féminines avec des chars à deux roues, ainsi que le harnache-ment pour deux chevaux. Le défunt, ou la défunte, est mis sous terre avec son char et des objets qui devaient être ses préférés de son vivant. On a trouvé des armes, des bijoux, des récipients contenant des aliments… des quartiers de viande, surtout du porc dont les Gaulois étaient friands, des lentilles, des fèves et de l’orge…Parfois un service à vaisselle était aussi présent dans la tombe. On peut en déduire que les Gaulois croyaient en la métempsychose : Le mort continuait sa vie en ayant les mêmes besoins et les mêmes goûts que sur terre. Le prestige social continuait à être le même dans l’au-delà. Rien ne change. Tout continue, peut-être sous une forme différente, mais la structuration de l’existence ne semble pas être fondamentalement différente avant ou après le décès. On sait que les druides croyaient à la migration des âmes de corps en corps. Leurs croyances étaient très proches de la philosophie hindoue actuelle. Ils estimaient que le corps, l’âme et l’esprit constituaient l’être vivant. L’âme, animus, se séparait du corps et se réincarnait. Quant à l’es-prit, il représentait ce que l’on appelle, parfois avec un peu d’incompréhension, Le Grand Tout. L’esprit était relié au cosmos, à la réalité inconnue, à peine perceptible, des arbres, de la terre et du ciel. Il habitait à la fois le monde vivant, minéral, et végétal.

Quand on lit La Guerre des Gaules, on voit que les Gaulois croyaient aussi aux esprits, bons ou mauvais, qui peuplaient les forêts de notre pays. Et que certaines de leurs légendes impressionnaient fortement les rudes soldats des légions romaines, au grand dam du très rationnel César qui ordonna ainsi de détruire une forêt jugée maléfique et remplie de mauvais génies parce que ses troupes refusaient de la traverser. D’un avis général, les Romains déploraient la barbarie des Gaulois qui sur les champs de bataille ne prenaient pas la peine d’enterrer leurs morts. Pour ces derniers, le corps ne comptait plus, puisque l’âme en était partie. Jules César écrit dans ses commentaires de La Guerre des Gaules … Ce dont les druides cherchent surtout à persuader, c’est que les âmes ne périssent pas, mais passent après la mort d’un corps dans un autre : cela leur semble particulièrement propre à exciter le courage en supprimant la peur de la mort. Jules César montre là son habituel prosaïsme. Son raisonnement revient à dire : les Gaulois ne sont courageux que parce qu’ils ont la certitude de se réincarner dans une autre vie. Leur valeur guerrière reposerait sur le fait qu’ils n’ont pas conscience pleine et entière de la réalité de la mort. C’est une façon de voir d’une façon un peu suspicieuse son adversaire. C’est lui refuser le mérite de son héroïsme et de sa volonté de sacrifice pour la liberté de son peuple. Pourtant on se rend bien compte, dans la partie gauloise de cette exposition, du côté tragique de la mort et de la souffrance que devaient ressentir les Gaulois face à la perte d’un être cher. Mais tout au long de La Guerre des Gaules, on voit bien que César n’arrive pas à considérer les Gaulois comme des êtres capables de constance et d’absolu : Ils les montre changer d’avis, piétiner les traités de paix, sans vision ni volonté d’amélioration civilisatrice. Ils auraient été ainsi plus querelleurs que courageux, et à quelques exceptions près, ils manquaient totalement de bon sens. Ils ne pouvaient donc affronter la mort qu’en affirmant des choses incertaines, comme la réincarnation, cela leur tenait lieu de raisonnement logique.

À L’ÉPOQUE GALLO-ROMAINE

Après la défaite d’Alésia, les élites survivantes de la Gaule allaient s’inspirer des modes romains. Les nécropoles romaines ou gallo-romaines sont situées aux abords de la cité, sur une route passante. Sur les pierres tombales
des inscriptions donnent le nom et le titre du défunt. Des mausolées, bien visibles, servent pour les riches et les puissants qui ont souhaité continuer à être en vue après leur mort. Les corps trouvés lors des fouilles de la citadelle d’Amiens sont enterrés dans des cercueils en bois cloués. Seuls trois morts avaient été mis dans des sarcophages de plomb à couvercle décoré, et nettement plus onéreux. C’est grâce aux épitaphes des pierres tombales que l’on peut réellement entrer dans l’univers familial des gens du peuple au temps de l’Empire. Parce que les auteurs latins ont surtout laissé des témoignages sur les chefs illustres, les guerres et les crises politiques.

On a retrouvé dans ces tombes des vases dits à devise. Avec des inscriptions telles que : Remplis-moi…Savoure…Sers du vin non dilué … Ce type de vaisselle apparaît au 3e siècle et va se diffuser largement dans le nord de l’Europe. C’est une façon de prendre la mort avec une légèreté qui ne manque pas de panache. Cela nous permet d’entrevoir une règle de bonne éducation gauloise qui est de savoir toujours maitriser ses sentiments personnels.
Les funérailles romaines visent à transformer le défunt en ancêtre honorable. En même temps, les Romains ont le sens du tragique de la mort et de son spectacle. Le Colisée en sera l’exemple le plus frappant, avec ses tueries, ses tortures, ses affrontements entre humains punis et animaux, ses jeux et cette foule qui venait acclamer les gladiateurs vainqueurs bénéficiant d’une considération équivalente à celle que l’on porte de nos jours à nos stars du cinéma parce qu’ils ont défié et gagné contre la mort. Un bel enterrement commençait par une cérémonie où des pleureuses professionnelles venaient se lamenter de la mort du Romain qui était exposé sur un lit funèbre. La nuit venue un cortège se formait pour le mener en son tombeau. L’incinération était une coutume courante, même si des inhumations ont lieu. À partir du 3e siècle, l’inhumation devient plus fréquente. Si le citoyen est un personnage public, tous les frais sont à la charge de l’État et il a droit à un éloge funèbre. Quand le mort est inhumé, l’idée est qu’il doit retourner à la terre-mère d’où il est sorti. L’incinération domine les 1er et 2e siècles, puis l’inhumation prend le dessus. Mais on a toujours pratiqué les deux.

Dans la religion romaine, le dialogue avec les morts est un élément important. Le décor et les inscriptions doivent garder la mémoire des morts, et interpeller les vivants, les inciter à prononcer les noms du défunt, pour l’honorer.
Des inscriptions ou épitaphes peuvent reprendre les noms, qualités et emplois du défunt, les liens familiaux, parfois, surtout pour les femmes, donner la filiation. Elles sont dédicacées aux Dieux Mânes, qui symbolisent l’âme des morts. Il est de coutume, chez les Romains, de mettre une obole dans la bouche des morts. On le fait même pour les esclaves. C’est une façon de payer le viatique menant au royaume des morts. Il faut également faire des offrandes régulières aux divinités et aux créatures des Enfers. Pour s’assurer de leur aide lors du jugement de son âme,lorsque l’on va rencontrer le chien gardant la porte des Enfers, avec Charon qui fait passer le fleuve séparant la
vie de l’autre vie, et les trois juges qui vont évaluer la valeur de l’individu tout au long de sa vie. Les rituels romains et gallo-romains sont ainsi imprégnés de sens et d’exigences. Ce qui démontre une structure du monde des morts aussi complexe, si ce n’est plus, que le monde réel, avec la nécessité d’une grande morale. Le culte des morts se déroule à deux moments de l’année.Entre le 13 et le 21 février, ce sont les Parentalia où l’on honore les défunts qui se trouvent près des Dieux et peuvent aider ainsi le monde des vivants. Les ancêtres sont aussi honorés dans le foyer familial, sur l’autel domestique appelé le laraire, où l’on pratique le rituel que l’on doit aux Dieux Lares, qui symbolisent l’esprit des morts de la famille, en particulier leurs anciens chefs. Entre le 9 et le 13 mai, c’est le temps des Lemuria, où l’on conjure l’esprit des morts malfaisants qui peuvent se manifester sous forme de fantômes et créer des ennuis.

L’ARRIVÉE DES RITUELS CHRÉTIENS
L’implantation progressive du christianisme va rendre l’incinération exceptionnelle. Et la coutume d’enterrer le défunt avec des objets va être peu à peu interdite. Il devient interdit de placer vaisselle, bijoux ou armes dans
les tombes : Les défunts doivent se présenter humblement devant le Christ pour être jugés. La christianisation s’est effectuée en un long et inégal processus. L’Église se réapproprie les lieux de culte et les espaces funéraires antiques. Elle va mettre du temps à transformer les mausolées en églises paroissiales. Mais, en totale rupture avec l’Antiquité, les cimetières entrent dans la ville. Ils deviennent un lieu public, près de l’église, au centre du bourg.
Le cimetière du Clos-Vendeuil est situé près de l’église paroissiale, sous l’actuel cimetière. De riches tombes furent retrouvées, avec toujours des bijoux, et des armes de prestige. Ce qui démontre que les prescriptions faites par l’Église sont diversement suivies. Une de ces tombes contenait un objet exceptionnel : une corne en verre finement
décorée d’une torsade, en verre également. S’agit-il d’un encrier ou d’une fiole pouvant contenir onguent ou parfum ? Il serait à mettre en relation avec le développement de riches monastères fabriquant des manuscrits et dont les membres voyageaient dans toute l’Europe. On le ressent, par leurs rituels funéraires, nos ancêtres se rapprochent encore plus de nous. Peut-être parce que la mort donne une certaine égalité entre les êtres et entre les mondes, et chez tous ces peuples d’Europe, qu’ils soient Celtes, Romains, ou Gallo-Romains.

Musée archéologique de l’Oise. 1 rue les Marmousets. 60120 Vendeuil-Caply.