Ecce Edito

Que reste-t-il de l’Empire romain ? Des vestiges enfouis sous la terre, des versions latines avec lesquelles on passe le bac, des datifs et des accusatifs qui ont été transformés en compléments d’objet. Et puis, il y a tous ces objets dans les musées, ces livres qui apparaissent régulièrement dans une des librairies qui ont résisté à la crise de l’édition dans le monde occidental. La religion romaine nous apparaît comme une assemblée de dieux barbus et de déesses aux corps de mannequins sportifs, capables de déclencher la foudre, l’amour et la vengeance.
Les fouilles archéologiques nous mènent à d’autres découvertes. On retrouve notre passé romain, modifié en gallo-romain, puis en médiéval, avant que notre Histoire de France ne se dirige vers le Siècle des Lumières en passant par la Renaissance et le classicisme royal imaginé par nous comme un roman de cape et d’épée à cause d’Alexandre Dumas.

Mais si l’on regarde chacun des vestiges l’un après l’autre, si l’on se promène dans les ruines d’un cirque gallo-romain, si l’on relit quelques textes pris au hasard d’une bibliothèque plus ou moins bien rangée, on se rend compte que l’Empire romain n’est toujours pas mort. Il vit à l’heure présente. Notre monde français issu des Gallo-Romains est toujours gallo-romain. Il a les mêmes préoccupations de jeux, de plaisirs, d’ambitions sociales que nous véhiculons. Les évolutions techniques, les modifications religieuses ont certes modifié quelques donnes, mais le vieux fond gaulois, romain et gallo-romain est à l’identique. Le rêve napoléonien a repris les principes de la vieille domination antique, et
beaucoup de son style. Les chefs barbares, dès qu’ils avaient conquis une de nos régions, demandaient à entrer en contact avec Rome afin d’avoir une justification transcendantale qui pouvait servir grandement à leur politique internationale. Et de nos jours, l’Europe reprend dans ses institutions le même rêve supranational qui habitait le Sénat romain au temps de son apogée.

Nous sommes ainsi les enfants de César et de Vercingétorix, les fils cachés de la Louve et de Jeanne d’Arc, les admirateurs de ce qui est notre ancien monde, car ce sang gallo-romain coule dans nos veines. Ces musées qui fouillent notre vieux passé vont au devant de nos désirs les plus profonds : comprendre qui nous sommes dans un monde moderne où l’histoire se révèle par des films, des vidéos, des conférences qui se diffusent par vidéo et réalité augmentée. Un monde nouveau de connaissance est en train de s’installer comme s’il parlait de nous et de notre culture en train de se mettre en place pour le 21 e siècle.

Matthieu Delaygue