Me Elisabeth

La belle âme condamnée à mort

la Révolution passent généralement très vite sur son triste sort, parce que le destin de Madame Élisabeth gêne tout républicain honnête.

 Me ElisabethLors de la Restauration, elle continua à gêner, mais cette fois-ci, c'était l'image de la nouvelle monarchie. Parce que ni Louis XVIII, ni Charles X, n'avaient été aussi courageux que leur sœur dans l'adversité. Ils s'étaient enfuis au début  de la Révolution, et ils n'étaient pas revenus soutenir les Chouans lorsque Charette les appela pour soulever par leur présence l'Ouest de la France, afin d'entamer une marche triomphale vers Paris. Ils préférèrent rester confortablement à l'étranger, tandis que leurs partisans se faisaient massacrer. Nul doute que le manque d'envergure des deux frères de Louis XVI joua un grand rôle dans l'effondrement de la chouannerie et la désaffection rapide des Français pour la monarchie.

La plupart des aristocrates allaient préférer se rallier à Napoléon, parce qu'il était un monarque bien plus guerrier.

Elle s'appelait, de son nom exact, Élisabeth Philippine Marie Hélène de France. Elle était la sœur de Louis XVI, de Louis XVIII et de Charles X. On l'appela tout simplement Madame Élisabeth. Son destin fut tragique. Les révolutionnaires de la Terreur l'accusèrent avec sa belle-sœur Marie-Antoinette d'inceste et de pédophilie, puisqu'il fut dit au procès de la reine, qu'allongées toutes les deux, elles faisaient sauter le dauphin sur une couverture... Elle sera finalement tuée, simplement parce qu'elle était la sœur du roi. Quelques mois plus tôt, elle n'avait pas voulu partir en exil, ne voulant pas abandonner son frère et sa famille. Elle les suivit en prison, elle y resta simple, douce, courageuse, d'une pureté qui lui valut d'être considérée comme martyre de la Terreur. Si quelqu'un ne mérita pas son sort, ce fut bien elle. C'était une femme à la bonté extrême, qui ne pensait pas à mal.

Madame Élisabeth fut donc honorée discrètement, à partir de 1815. Mais cela lui aurait bien plu. éventail

Parce qu'elle était une âme généreuse, qui ne cherchait ni la gloire ni le confort. Elle essayait simplement d'accomplir son devoir de chrétienne de sang royal. Elle était détachée de tout, sauf de l'honneur et de l'amour pur. Car toute sa vie, elle aima. Mais sans cette passion excessive qui cache une grande sècheresse de cœur, pour reprendre la formule de sa contemporaine, la comtesse de Boigne. Elle aima d'une affection généreuse sa famille,

ses amis, ses domestiques, les pauvres de son village à qui elle faisait une charité discrète et importante. Et à cette époque de crise économique, il y avait beaucoup de misère... Elle aimait sa religion, sa monarchie, son pays.

En regardant sa vie, on comprend ce que le terme servir veut dire. Il n'implique pas une soumission obligée, mais une aide librement consentie qui peut aller jusqu'au sacrifice en temps de crise.

Matthieu Delaygue (extrait)

Lire ou télécharger l'article complet en cliquant sur l’image ci-dessous.

N 68

La Revue de L’HISTOIRE — N° 68