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La faute au Midi Version imprimable Suggérer par mail

LA FAUTE AU MIDI

Soldats héroïques et diffamés

IL FALLAIT TROUVER UNE EXPLICATION AU DÉSASTRE. LES ARMÉES ALLEMANDES FONÇAIENT SUR PARIS. CHAQUE JOUR, 20 000 SOLDATS FRANÇAIS ÉTAIENT MIS HORS DE COMBAT, TUÉS FACE À L'ENNEMI. LES OFFENSIVES SUR L'ALSACE ET LA LORRAINE AVAIENT VITE TOURNÉ À LA CATASTROPHE. LE GOUVERNEMENT PARTAIT S'INSTALLER À BORDEAUX. PARIS N'ÉTAIT PLUS SÛR. L'ENNEMI ÉTAIT À 70 KILOMÈTRES DE LA VILLE. TOUT SEMBLAIT PERDU.

La faute à qui ? Il était hors de question de mettre en cause le gouvernement qui avait mené la France à la guerre. On ne pouvait décemment pas accuser l'État-major, le Grand Quartier Général d'avoir perdu la guerre pour incompétence, mauvais calcul, stratégie nulle, organisation catastrophique. Il fallait des coupables. D'autres coupables. Et vite.

mobilisation

AU FALOT

Joffre, à la tête des armées, était en train de limoger les généraux à la pelle, y compris ses camarades de promotion ou d'anciennes garnisons. Messimy, le ministre de la guerre, perdait la tête, et se prenait pour un nouveau Robespierre, un Carnot furieux, puisque la France était de nouveau en danger comme en 1793. Il voyait l'exécution sommaire comme unique solution. Il ne voulait plus que l'armée recule. Donc, dans une logique de fou, il fallait guillotiner chaque général qui reculerait. Mais comment faire pour qu'un général ne recule pas, si ses régiments reculaient eux aussi ? Messimy n'était pas allé aussi loin dans le raisonnement. Sa raison s'obscurcissait. Il refusait la logique ultime. Pour qu'un général ne se replie pas,il fallait que le colonel, le commandant, les sous-officiers restent sur place, eux aussi. Donc chaque grade supérieur devait fusiller ceux de ses adjoints qui lâchaient pied. C'était limpide.

On créa tout de suite des tribunaux d'exception, où, sans instruction, sans même demander les témoins à décharge, chaque colonel de régiment avait le pouvoir de fusiller qui il voulait dans son régiment. C'était la fi n du droit. Le début du stalinisme alors que Staline n'était pas encore connu. Mais il y avait déjà de la paranoïa dans l'air. On pensait ainsi stabiliser le front. Puisque devant cette ferme résolution, la troupe serait dissuadée de reculer, et reprendrait donc forcément du poil de la bête.

Plaque stéréoscopique : la mobilisation, 1914© Coll. particulière.

   GRANDE GUERRE

 

 mobilisationJoffre qui était tout de même plus intelligent que Messimy refusa de faire fusiller les dits-généraux qui reculaient.

Il devait aussi sentir une menace dans les propos de Messimy. Si on commençait à fusiller un général, on pouvait forcément fusiller le général commandant le G.Q.G., c'est-à-dire lui. Il se contenta de convaincre Messimy qu'il suffisait de fusiller jusqu'à la qualification d'officier subalterne. Et de préférence les lieutenants que les capitaines, les sous-officiers que les officiers même subalternes, les caporaux plutôt que les sous-offs, et les soldats plutôt que les caporaux. C'était limpide. Avec cela, on pouvait encore sauver la France.

ET DU NORD AU MIDI LA TROMPETTE GUERRIÈRE

Au bout d'un mois de guerre, on ne s'était pas encore rendu compte que les mitrailleuses tuaient beaucoup de monde, que les canons massacraient des régiments entiers, que l'artillerie lourde allemande écrasait des divisions entières, et que l'on avait en artillerie lourde un déficit encore plus lourd. Mais le général Foch avait d'excellentes troupes, des Lorrains. On les envoya donc à l'assaut des positions allemandes. Il en revint très peu. Et les survivants prirent le parti, assez logique, de reculer. Donc, dans un sursaut d'intelligence et une fermeté imparable, on décida de faire un exemple et de faire honte aux soldats, qui avaient de si bons généraux, et qui se déshonoraient en n'avançant pas alors que la stratégie de nos élites militaires était éblouissante. Mais là, se trouvait un nouveau problème. Une question de psychologie des foules. La Lorraine était la terre sacrée à récupérer. Le soldat lorrain était un mythe fondateur de la Troisième République. Il était une victime de la barbarie pangermanique et wagnérienne et impériale et teutonne. On ne pouvait donc pas fusiller des Lorrains.

 

croquis
croquis

Illustrations : A.DAN

 

C’EST PAS NOUS. C’EST EUX.

On trouva une solution. On fusillera des Provençaux du corps d’armée voisin. Le problème, c’est que le corps d’armée en question s’était bien battu, et s’il avait décroché, c’est uniquement parce que le corps d’armée lorrain, en se retirant, avait découvert son flanc. Pour ne pas être encerclé et fait prisonnier, le XVe corps, celui des Provençaux, avait bien été obligé de reculer à son tour. On aurait dû le féliciter de sa manœuvre intelligente. On lui fi t honte, en haut lieu. Et l’on mit en avant un sénateur Gervais, qui n’y connaissait rien, mais qui lui aussi avait envie de foncer dans le tas : c’était la guerre, tout le monde mettait une question d’honneur à foncer tête droite en avant. Et le sénateur, sans réfl exion ni scrupule, pondit un article sanglant dans Le Matin, accusant les Provençaux d’avoir reculé, d’être des lâches. Pourquoi des lâches ?

Parce que le soleil méditerranéen affadit le tempérament comparé aux brumes et à la pluie du Nord qui, elles, au contraire, affermissent la volonté de l’être solitaire face à l’eau, le ciel et le froid de la terre. C’est bien connu, trempez vos enfants dans de l’eau glacée pour qu’ils deviennent plus intelligents. C’est pour cette raison que la civilisation virile vient du Nord, et que le principe femelle et dominé se trouve indissolublement lié au chant des cigales et au pastis. Un général, guère plus nuancé, s’écria, peu de temps après, devant un régiment de Provençaux sidérés : De toute façon, vous n’êtes capable que de prendre des balles dans le cul... De nos jours, on dirait que ce général avait un fantasme refoulé à tendance sodomite. À l’époque, il fit beaucoup sourire. Sauf les Provençaux. Qui se battaient bien.

Matthieu Delaygue (extrait)

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N 71

La Revue de L’HISTOIRE — N° 71

 

 
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